Mais non, tout ne va
A l'heure où la télé brosse un tableau peu reluisant de notre département - encore ce soir en prime-time, et avec justesse il faut bien l'avouer - nous avons voulu pointer les multiples raisons de se sentir fiers d'habiter l'Oise. Malgré tout.
Hugues de Lestapis | 07.02.2005
ON NOUS TAXERA peut-être d'angélisme. Tant pis. Notre parti est pris, c'est celui de l'avocat qui vient à la rescousse d'une cause mal engagée : l'Oise dans les médias. Ce soir, à la télé dès 20 h 50, la France entière va découvrir la cité de la Commanderie, à Nogent, une des copropriétés les plus dégradées du pays où vivent encore 2 000 personnes réparties en 89 nationalités. C'est le quatrième et dernier volet de la série des « chroniques de la violence ordinaire », dont notre département a été le fil rouge, c'est le plus fort, et c'est aussi le plus accablant. Pour les résidants, les élus, la politique... De quoi vous laisser penser que, décidément, rien ne fonctionne bien, rien ne s'améliore réellement, surtout pas dans ces quartiers qualifiés de ghettos, sinon de « prisons mentales », et gros pourvoyeurs de « mauvais garçons » (c'est d'ailleurs le titre de l'épisode de ce soir). Comme si ça ne suffisait pas, il y a eu ces jours derniers de terrifiants reportages radio sur la « ligne SNCF de la peur », alias le Paris-Beauvais, diffusé après le viol de cette contrôleuse qui a tant ému la France. L'Oise ne sortait pas grandie de ces témoignages de voyageurs racontant le sentiment quotidien d'insécurité, les bandes, et même la rame piégée exprès sous un tunnel (notre édition du 26 janvier). Il n'est pas question ici de nier ces pesantes réalités. Ni de faire croire, quand c'est faux, que les choses finiront bien par s'arranger. Nous souhaitons juste, en contrepoint, rappeler qu'il y a au moins autant de motifs d'être fiers de ce département, que d'en être éventuellement déçus, voire effrayés. Du reste, les gens s'installent encore volontiers dans l'Oise, trouvant là tout ce à quoi ils n'ont plus accès à Paris et en petite couronne, un environnement de qualité et des prix bien moins tendus. Nous avons aussi un aéroport à succès, un parc d'attractions qui fait rire jaune Disneyland Paris, nombre d'entreprises de pointe, championnes de leur secteur. Nos poubelles, chose encore rare en France, préfèrent le train plutôt que d'encombrer nos routes. Nos starlettes deviennent de vraies « people » (Elodie Gossuin, l'actrice senlisienne Claire Keim). Nous avons Chantilly, désormais soutenu par le mécénat du prince Aga Khan, par ailleurs chef des ismaéliens. Et puisqu'on parle de religion, un mot sur un phénomène sur lequel les télévisions seraient bien inspirées de se pencher un jour ou l'autre : la cohabitation pacifique entre l'église, la (nouvelle) mosquée, et la synagogue, toutes trois voisines dans un quartier jugé pourtant « difficile ». Synthèse miraculeuse ou apprentissage réussi de la vie en commun malgré les différences ? En tout cas, ça existe, et c'est dans l'Oise, et jusqu'à preuve du contraire nulle part ailleurs.


